DSI N°800

 Diffusion Sélective de l'Information

Du 26 aout au 1 septembre 2019

   Veille Technologique:

• Tunisie: Quel avenir pour les coopératives agricoles?

Par Khalid El Harizi, Spécialiste du Développement Rural, Centre d’investissement, FAO
et Cristiana Sparacino, Economiste, Centre d’investissement, FAO
avec la contribution de: Saber Ben M’barek, Ingénieur, Centre d’investissement, FAO
«... L’offre de la politique agricole correspond-elle à la demande des producteurs?
Le secteur de l’agriculture et de la pêche, outre son rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du pays, continue d’occuper une place importante dans l’économie tunisienne en générant près de 10% du Produit Intérieur Brut (PIB) et en contribuant activement à la création d’emplois (16% de l’emploi national) ainsi qu’à l’équilibre de la balance des paiements, à travers les exportations. Si la part de l’agriculture dans le revenu national a baissé sensiblement au cours des années à la faveur de la diversification et de la structuration de l’économie nationale, ce secteur représente encore souvent un pilier des économies des Gouvernorats et donc des politiques de développement territorial équilibré et de lutte contre la pauvreté. Il joue, en outre, un rôle majeur d’amortisseur social des crises, qu’elles soient dues aux aléas climatiques, aux fluctuations des marchés ou encore aux problèmes de sécurité.
Le solde de la balance commerciale «alimentaire» n’a que rarement été positif. Si la demande de viande (97%), de lait (100%), d’huile d’olive (100%) et de fruits et légumes (100%) est couverte, celle des céréales, dont la production est tributaire des conditions climatiques, du sucre et des huiles végétales est loin d’être satisfaite. Les céréales représentent 16% des dépenses alimentaires du ménage moyen, un taux qui monte à 30% pour les couches de la population à faible revenu.
Le plan quinquennal 2016-2020 de développement fixe au secteur agricole l’objectif d’accroitre sa contribution à l’économie nationale et à la sécurité alimentaire en améliorant sa compétitivité et en regagnant son attractivité pour les investissements privés. Bien qu’en continuité avec les plans précédents, il révèle par son ampleur et ses motivations une prise de conscience nouvelle de l’importance du secteur agricole et de ses effets d’entrainement sur les autres secteurs de l’économie. Ses objectifs principaux répondent à un double impératif de durabilité – entendue au sens large de durabilité économique, sociale et environnementale - et de compétitivité sur des marchés toujours plus ouverts:
• Développement durable des ressources naturelles et des énergies renouvelables;
• Adaptation des systèmes de production aux effets du changement climatique;
• Prise en compte de l’aspect foncier - meilleure exploitation des terres domaniales/collectives;
• Développement des filières pour le marché intérieur et à l’exportation (produits à avantages comparatifs et répondant aux normes internationales);
• Amélioration de la compétitivité, de la durabilité et de la productivité du secteur agricole - programme de mise à niveau de 20.000 exploitations agricoles;
• Révision de la législation et des procédures d’accompagnement du secteur privé pour encourager l’investissement et favoriser l’accès des agriculteurs au crédit;
• Renforcement des capacités des structures d’encadrement paysannes;
• Activation du fonds de calamités et révision des procédures relatives à l’assurance agricole;
• Mise en place d’un plan national de recherche-développement et réforme des structures de formation et de l’enseignement agricole pour mieux servir les besoins du marché du travail ...
Prises dans leur ensemble, les visions portées par les acteurs convergent sensiblement, laissant entrevoir la possibilité de promouvoir une vision integrant les visions plus spécifiques et qui pourrait de ce fait être partagée très largement.
Une telle vision a été proposée par l’équipe chargée de l’étude lors de l’atelier de réflexion de Mahdia d’avril 2017 et a été très bien reçue par les participants:
Dans le contexte tunisien, la coopérative agricole est et doit rester une initiative des producteurs visant à travailler ensemble pour gagner plus. Les coopératives agricoles fonctionnelles créent un pouvoir de négociation sur les marchés et une reconnaissance officielle par les pouvoirs publics. Elles ont vocation à se positionner sur une vaste gamme de services de proximité connectant l’offre et la demande de services, d’intrants et de produits, en amont et en aval des producteurs, pour contenir les coûts de production, assurer la qualité des intrants, promouvoir la qualité du produit, ainsi que pour agréger, écouler et valoriser la production. En tant qu’entreprise de l’économie sociale et solidaire en milieu rural, elle est un agent du développement territorial à l’interface entre les services publics et ceux du secteur privé. A ce titre, son rôle spécifique est de promouvoir l’innovation et l’entreprenariat à la base en partenariat avec l’Etat, les autres organisations professionnelles, l’agro-industrie, et les partenaires au développement plus généralement.
Cette proposition de vision partagée reste bien entendu à promouvoir au quotidien. De ce point de vue, les tentatives actuelles d’instaurer un veritable partenariat entre État et coopératives agricoles vont dans la bonne direction et sont à encourager et à amplifier.
A plus long terme, un enjeu stratégique pour la société tunisienne est de décider s’il serait opportun d’aménager un espace favorisant l’émergence d’un secteur coopératif autonome...
La prise de conscience de la contribution des coopératives dans les pays capitalistes les plus avancés et dans le monde porte également nombre d’acteurs à se distancer des visions en termes de tout-État ou tout-privé. Sur le terrain, les conditions d’un veritable partenariat sont enfin en train d’émerger mais demandent, pour être soutenues, une clarté de vision et une continuité dans l’action.
Les coopératives agricoles peuvent-elles donc devenir un moteur de l’investissement et de la transformation rurale et à quelles conditions? De la réponse qui sera apportée à cette question dépendra aussi en grande partie le sort de la petite agriculture familiale et, plus généralement, celui des ambitions de développement territorial équitable et durable en Tunisie ...»-
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Réalisé par: Lobna ZOUAOUI, Ingénieur Data, chargée de veille technologique veille@citet.nat.tn

Vérifié par: Noura KHIARI, Chef du Service Documentation, Information, Edition et Marketing- cdi1@citet.nat

Validé par: Faouzi HAMOUDA, Directeur de la Documentation et de l'Information- cdi@citet.nat.tn


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