DSI N°807

Diffusion Sélective de l'Information
Du 28 octobre au 10 novembre 2019

Veille Technologique

Tunisie : Rentabilité économique, acceptabilité environnementale et soutenabilité sociale de l’industrie du phosphate (1/3)
Par Abou Sarra.
«... Gérée depuis son lancement au début du 20ème siècle sous l’angle exclusif de la rentabilité économique, l’industrie du phosphate est confrontée, aujourd’hui, à deux nouvelles donnes : la soutenabilité environnementale et la soutenabilité sociale.
Zoom sur une industrie qui a toujours un bel avenir si toutefois les conditions sont réunies…
Après 9 ans de confrontation directe avec les communautés du bassin minier et des sites de transformation du phosphate en acide phosphorique, les gouvernants du pays sont convaincus de l’impératif de restructurer sur de nouvelles bases cette industrie extrêmement polluante.
La restructuration du secteur est impérative
Au regard de l’ampleur des contestations, cette restructuration doit nécessairement tenir compte du droit des communautés à un environnement sain et à des sources de revenus décentes.
Conséquence : au moment où le commun des Tunisiens pense que l’accroissement de la production et la transformation de phosphate pourraient booster les exportations du pays, atténuer le déficit exorbitant de la balance commerciale et contribuer à la reprise économique, des analyses plus fines de la situation socio-économique dans le bassin minier estiment que c’est le scénario contraire qui pourrait se produire. Autrement dit, c’est le contribuable qui va être obligé, un jour ou l’autre, de mettre la main dans la poche pour financer la restructuration d’un secteur sinistré.
Et pour cause, la non-acceptabilité sociale et environnementale de la production du phosphate et dérivés, matières extrêmement polluantes, exploitées en plus de façon inéquitable, risque de coûter très cher à l’Etat dans l’avenir .
Kais Dali, ancien PDG de la Compagnie de phosphate de Gafsa (CPG) et du Groupe chimique tunisien (GCT), estime qu’avec «l’émergence, depuis le soulèvement du 14 janvier 2011, d’une forte demande sociale pour une meilleure qualité de vie, pour un environnement sain et pour une gestion inclusive des ressources naturelles du pays, il va falloir, tôt ou tard, accepter soit la fermeture, soit le transfert en dehors des zones urbaines de tous les équipements polluants (usines, ports…)...»-    Cliquez ici

Tunisie : Rentabilité économique, acceptabilité environnementale et soutenabilité sociale de l’industrie du phosphate (3/3)
«... Les recettes du phosphate et dérivés ont été gérés, jusqu’ici, de manière inéquitable. Les externalités positives (apport en devises) vont, souvent, à l’administration centrale tandis que les externalités négatives (pauvreté et pollution génératrice de maladies) sont supportées par les communautés du bassin minier.
Pourtant, au regard des prévisions des experts, le phosphate, ressource stratégique par excellence, a un bel avenir, moyennant un coût important pour le contribuable au commencement de sa restructuration.
D’après Kais Daly, un des meilleurs experts tunisiens en phosphate, «cette matière première, pour plusieurs décennies encore, constituera une ressource stratégique rentable».
L’expert s’exprimait lors d’un séminaire organisé par le think tank Cercle Kheireddine sur l’avenir du phosphate, devait traiter trois éléments évoqués et qui méritent qu’on s’y attarde.
Le premier consiste en la persistance du phosphate et ses dérivés en tant que produits stratégiques pendant de longues années, voire des décennies.
Trois atouts à valoriser
Le second réside dans le fait que le sol tunisien engrange d’importantes réserves : Sra-Ouertane (1 000 millions de tonnes), bassin minier de Gafsa (500 millions de tonnes), Djerid-Nefta (400 MT) Meknassy (15 MT). De tous ces gisements, seuls ceux du Djerid et de Sra-Ouertane ne sont pas encore exploités. Selon Kais Dali, ce dernier gisement ne sera rentable que dans une vingtaine d’années lorsque la Chine et les Etats-Unis d’Amérique auront disparu du marché par l’effet de l’épuisement de leurs mines.
Dans cette perspective, la Tunisie pourrait, d’ici 2050, capter une bonne part du marché et produire 15 millions de tonnes par an.
A l’horizon 2030, l’expert estime que dans le cas des scénarios les plus optimistes, la Tunisie pourrait produire entre 8 et 10 millions de tonnes par an.
Le troisième a trait à la problématique des grandes quantités d’eau utilisées pour le lavage du phosphate, et ce au détriment de l’alimentation des communautés du bassin minier en eau potable. Kais Dali a relevé qu’il y a moyen de réduire cette consommation d’eau de 50 à 25 millions de m3 par an recourant soit à des déshydratants chimiques, soit au dessalement de l’eau de mer.
A signaler ici que le Groupe chimique est déjà en train de construire sa propre usine de dessalement d’eau de mer pour subvenir à ses besoins en eau.
Abstraction faite de ce fort potentiel, des voix s’élèvent pour appeler la CPG et le Groupe chimique tunisien (GCT) à engager une étude stratégique sérieuse sur le secteur du phosphate et dérivés en Tunisie à l’horizon 2030 et après.
Pour un positionnement clair sur l’échiquier mondial
Interpellé sur le dossier du bassin minier, lors d’une récente interview accordée au magazine L’Economiste Maghrébin, Yassine Brahim, artisan du 13ème plan (2016-2020), a déclaré que « la question est de savoir combien cette industrie chimique rapporte par rapport à ce qu’elle coûte ».
« A priori, il faut énormément d’investissements pour que cette industrie devienne propre. Des pays sont arrivés et ont pris une certaine avance. On peut dans une année revoir les choses. Il y a probablement des sites à fermer et d’autres à garder. Normalement, on doit investir gros pour les mettre à niveau en matière d’environnement », a-t-il dit.
Il devait exhorter la CPG et le GCT à commanditer auprès d’un cabinet conseil international une étude pour voir comment se place la Tunisie au niveau de la concurrence avec l’émergence de nouveaux sites de production en Arabie Saoudite et en Jordanie.
« D’une façon ou d’une autre, a-t-il ajouté, il faut revoir la stratégie du groupe. Il faut vraiment avoir une étude stratégique pour placer le Groupe chimique dans l’échiquier mondial et évaluer son impact environnemental sur le plan investissement ».
In fine, le message est clair : les industries phosphatières ont besoin d’être visibles à l’international, respectueuses de l’environnement et inclusives dans leur expansion ...»- Cliquez ici



Réalisé par: Lobna ZOUAOUI, Ingénieur Data, chargée de veille technologique veille@citet.nat.tn

Vérifié par: Noura KHIARI, Chef du Service Documentation, Information, Edition et Marketing- cdi1@citet.nat

Validé par: Faouzi HAMOUDA, Directeur de la Documentation et de l'Information- cdi@citet.nat.tn

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